Le monde de Juju

20 mai 2006

Fly me to the spoon

J'ai toujours adoré les enfants. Enfin sauf ceux des autres. Et étant donné que je n'en ai pas encore...

*petit moment de solitude*

Bref! Toujours est-il que les pires sont ceux qu'on est amené à garder. Besoin d'argent de poche, service rendu à des amis de nos parents, rares sont ceux qui un jour n'ont pas gardé les enfants des autres. On dit toujours que les enfants se rebellent contre leurs parents, mais je tiens à souligner cette théorie : c'est aussi le cas avec les babysitters!

Tout d'abord, on arrive tout sourire! On s'est blindé mentalement, la soirée sera bonne, les enfants calins, ils s'endormiront gentiment devant le dernier Walt Disney pendant qu'on feuillettera le Marie-Claire de Madame, et zou au lit. Une soirée tranquille en perspective. Mais il y a une chose qu'on ne nous dit jamais : ils réclament de l'attention. Horreur!

Alors on se met à jouer à Barbie Hip-Hop avec la plus grande. Non seulement on essaie de garder son sourire en effectuant des flip flap flop impossibles avec Skipper (ouais d'abord si on choisit Barbie la petite pleure, alors on oublie la laideur de Skipper en la coiffant d'une mini casquette Von Dutch), mais en plus on se fait littéralement engueuler si on ne suit pas la chorégraphie à la lettre. Et si on oublie d'appuyer sur le bouton en plastique de l'autoradio rose fluo de Barbie, c'est le drame. Je vous préviens d'avance, une telle bourde est irrécupérable.


On finit par réussir à s'éclipser en prétextant aller chercher la dernière vidéo de Usher pour faire "tout pareil avec les barbies". La petite peut toujours attendre. Et en cette seconde bénie où on ferme la porte et que le silence règne, on se sentirait presque bien.

C'était sans compter sur le ptit frère. Il tire méchamment sur mon nouveau jean (dont il risque d'agrandir les trous savamment étudiés, mais allez lui faire comprendre! Il fait comme s'il s'en fichait) en me regardant avec de grands yeux tristes et en poussant quelques plaintes appuyées. En fait, c'est supposé m'attendrir. Afin qu'il ne commence pas à pleurer, je suis ses fesses rebondies. Qui me mènent... à sa chambre.

La porte grince froidement. Voici l'antre du benjamin. Gloups. Des peluches, des livres pailletés, une veilleuse Oui-Oui... La nature se fait hostile. Je rentre, doucement, un pas, puis l'autre, ne pas se montrer craintive. Le petit, tétine en bouche, tire sur mon petit doigt et me désigne un livre de son index tout boudiné. Arf. En langage enfant, cela signifie qu'il veut un livre. Si si. Je l'affirme d'expérience.

J'en prends un au hasard et lui tend. Il attend. Moi aussi. Il me regarde. Je soupire. Il court vers son lit (c'est tout relatif, il crapahute plutôt, se dandinant dans sa couche épaisse), grimpe difficilement, s'allonge. A gauche Doudou surveille, à droite Lapin me toise. Gardes du corps méfiants. Je m'approche, l'air étonné, essayant de comprendre. Il faut que JE lui lise l'histoire. Alors ça c'est la meilleure! Il n'a qu'à apprendre à lire! Paresseux !! Le petite chigne, trépigne. Je sens les pleurs arriver, et pose rapidement un coin de fesse sur son lit. J'ouvre le livre. Il veut également voir les images donc je dois commenter chaque phrase d'un "Regarde là..." ou un "Oh! Tu as vu?"... Heureusement je tourne les pages 5 par 5, le livre est rapidement terminé. Et alors qu'il contemple béatement la couverture colorée, je file en douce. Ouf! Mission accomplie!

Sur la pointe des pieds, je passe devant la chambre des deux autres le plus discrètement possible. C'était sans compter sur le doudou du petit dernier sur lequel je glisse allégrement. Je parcours le couloir en moins d'une seconde, et me retient de justesse à la rambarde de l'escalier. Mission périlleuse. Le propriétaire de l'engin de mort, réveillé, se met à hurler à pleins poumons. Mamaaaaaaaaaaaaaaaan! Ah là je vous vois sourire, on a tous connu ce moment terrible. J'y vais... J'y vais pas... Allez je suis trop bonne, mon grand coeur m'incite à aller le voir.

Debout dans son lit à barreaux, il me regarde, ébété. Et non, c'est pas maman, c'est juste la gourde qui te sert de Cerbère pour la soirée! Je le prends à bout de bras, le lève rapidement et le descend avec moi. A peine arrivée dans le salon, je suis horrifiée de voir les deux autres, tout sourire, en train de regarder Shrek 2. Absorbés par les tirades interminables de notre ami l'Ane, ils ne me voient pas déposer nonchalemment le bébé dans son parc. Aucun ne parle, aucun ne pleure, aucun ne bouge. Bénédiction!

Je file dans la cuisine, m'asseois au bar, sur un tabouret trop haut, décapsule un Coca Light et ouvre mon Marie-Claire. "Se faire la permanente du siècle avec des rouleaux de Moltonel"... page 38. Koule. Repos du guerrier. J'entends Shrek roter, le prince homo-refoulé cancaner (pas le mien, celui de Princesse Fiona) et l'Ane papoter. Tout va bien. Je contrôle.

Après à peine 2 minutes de lecture intensive, je vois 6 petits pieds potelés autour de mon tabouret. Je suis cernée. Les trois mousquetaires se mettent à hurler (on dirait une sorte de canon, comme lorsqu'on chantait Frère Jacques à l'école). Mayday! Mayday! Je les cale rapidement sur leurs chaises. J'ai l'impression d'être Boucle d'Or face à trois ours maléfiques. Gloups! Que faire, que faire, que faire ??? Je sors des Petits Gervais et trois cuillères rondes. Ils se battent tous pour avoir celui à la fraise (mais si mais si, banane c'est pareil, c'est de la fraise qu'ils ont colorié en jaune, c'est pour de faux!) et après un combat acharné je finis par répartir les vivres. Ouf!

Et là se produisit la chose la plus extraodinaire, miraculeuse, fabuleuse qu'il m'ait été donné de voir. Tous se turent, comme happés. Ils regardaient leurs reflets dans les cuillères, hypnotisés. Et pendant au moins... 10 min, j'ai eu la chance de connaître un pur instant de nirvana. Envoûtés par leur image distordue, retournée et déformée, les petits monstres ne pensaient même plus à me martyriser. Une seule solution à la crise : la cuillère. C'était si simple! Mattel, Pixar et les jouets de la Chine entière ne pourraient jamais rivaliser! Ce fut la révélation!


A mon kit de survie de Babysitting, déjà composé de plusieurs plaquettes de Doliprane 1000mg, de boules quiès et d'un portable à la batterie chargée, j'ai ajouté un stock de couverts. Et, mieux armée que jamais, je me sens désormais prête à affronter tous les enfants à venir. Même pas peur! Je dégaine mes cuillères...

4 Comments:

Anonymous anouchka said...

merci du tuyau, j'y penserai...
quand j'aurai des enfants !
donc un mari !
donc une relation stable

ok, m'en servirai..... plus tad ...

11:41  
Blogger Romain said...

Moi, les enfants, j'les tape. Fort.

Encore un excellent article Julie, merci.

07:20  
Blogger Juju said...

lol quelle horreur. :-D

Rappelle-moi de jamais t'en faire!

08:02  
Anonymous Nell said...

Les enfants des autres sont de veritable "tubes digestifs". Et nos propres enfants ...Hann a voir!J'espere seulement qu'ils n'auront pas mon caractere!
Bisoux Juju!!

16:50  

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