Le monde de Juju

13 mai 2006

Dessine-moi un nuage...


Le ciel est gris, aveuglant, l'air humide et les minutes longues. Courant vainement après un bus qui ne s'arrêtera pas, les cheveux frisottant, mes paquets à la main (pourquoi font-ils toujours des poignées qui scient les doigts?!), je m'asseois sur un banc aux planches putréfiées, à 50 cm du sol. Et j'attends, le nez froncé par la clarté du paysage.

Franchement, nous sommes samedi, le temps pourrait être radieux, les gens souriants, les gambettes de sortie et les marchands de glace ouverts. Le vague à l'âme, je me tourne vers l'autre côté du banc, encore vide il y a quelques secondes. L'air sent bon et je vois Grosbisou assis à côté de moi.

Mais si, souvenez-vous, ce bisounours brun avec un gros coeur rouge au milieu de son ventre blanc rebondi. Et je souris. Quand j'étais petite, je croyais vraiment en eux. Il n'y avait pas Dieu au-dessus des nuages, il n'y avait pas le paradis. Au-dessus des nuages, vivaient les bisounours. Et cette idée m'étais totalement naturelle. Grosbisou me sourit, se décale contre moi. Il fait bon chaud.

Avec eux veillant sur moi, tout était plus simple. Il y avait les bons : Groschéri, Groscopain, Grosjojo... On les connaissait en un clin d'oeil, sur leur ventre tout rond, ils annonçaient la couleur. C'était simple. Bien sûr face à eux les méchants (Bestiole notamment), mais cette vision manichéenne était toute relative, l'amour émanant des bisounours leur permettait à chaque fois de vaincre les nuisances extérieures. C'était bien.

Je ne me souviens plus du moment où j'ai cessé de croire en leur existence. A un âge où la raison gomme les nuages et remplace les oursons par des pseudos collégiens de 25 ans qui s'échangent des baisers à la cafét'. Moi je préférais les bisous. Grosbisou grimpe sur ma cuisse, je ris toute seule.

Alors j'ai été prise de doutes. Qu'y a-t-il au-dessus des nuages? Un monde où le bien et le mal ne se mesurent pas au bisoumètre... Peut-être rien. Je me sens libre. Peut-être tout un monde. Je me sens protégée.

Où est-il ce monde où les routes sont des arc-en-ciels et où le soleil reste présent, caressant, mais jamais nuisible?... Les étoiles ne sourient pas, les coeurs ne sont pas les fruits d'arbres toujours verts, et les nuages ne sont que du gaz. Je grandis. Et le ciel n'est plus qu'un vaste morceau de papier-peint, une peinture changeante, le plafond de ma chapelle. C'est joli. Mais c'est plat.

Et j'apprends. Les bons ne gagnent pas toujours, il ne faut pas se promener en souriant et en disant bonjour à ceux qu'on croise, les gens ne prennent pas le temps de regarder le dessin que l'on a sur le ventre. Johanna est amoureuse de Cricri même s'il a fait des choses avec Nathalie. Maman, c'est quoi "faire des choses?"... On le dit pas ça dans les Bisounours. Grosbisou s'endort sur moi, il ronronne. Et moi aussi.

En oubliant les bisounours, mon ciel est devenu blanc et le soleil me rend rouge. Je cueille des pommes à défaut de coeurs, et je fais des grimaces aux enfants, seuls ceux qui croient encore aux bisounours peuvent rire avec autant d'abandon.

Le bus arrive, je serre Grosbisou contre moi et le dépose dans mon sac, lové contre mes affaires. Le temps se couvre, un nuage puant s'élève du bus, les gens se bousculent pour monter, le chauffeur ne répond pas à mon bonjour. Grosbisou ronronne toujours, et une mamie me dévisage durement en pensant que j'ai oublié d'éteindre mon lecteur mp3 et qu'on entend tous les boum boum (ah ces jeunes!). Seul un enfant regarde mon sac avec tendresse. Car lui il sait. Et, du fond du bus, traversant les visages maussades, les vestes mal boutonnées et les bougonnements des impatients, il m'envoie précautionneusement un Gros Bisou. Je suis sur un petit nuage.

4 Comments:

Anonymous Yojik said...

Il est touchant ton texte Juju.
Et tendre et un peu triste et gai.
Alors pour te remercier, moi aussi chte fais un bisou.

(Mais jure-moi de le répéter à personne, ça nuirait à mon image de mauvais garçon).

18:24  
Anonymous anouchka said...

j'ai adoré ce texte
la tendresse est un sentiment qui vit caché
parfois, on la trouve niaise, avec toi je la trouve douce
merci d'etre ce que tu es, ca fait dubonheur dans mon coeur de voir des gens comme toi

plein des bisous

20:44  
Blogger Juju said...

han yojik tu casses ton image d'enfant terrible et insoumis. une toute nouvelle facette bien interessante!

merci anouchka pour tes commentaires réguliers (surtout de ce genre hihi) ca me fait tres plaisir... bon week end à vous 2

21:10  
Anonymous Marieseraphine said...

Oh Yojik ! Retourne lire mon blog ! ;-)

15:55  

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