Le monde de Juju

08 juillet 2006

La t'huile

Aujourd'hui, mon petit comité personnel (c'est-à-dire moi, Grosbisou et euh... mon sumo de chat) a décidé que c'était le jour J. Oui, le jour Julie, où, loin de l'agitation bourdonnante du monde qui m'est extérieur, je ne me consacre qu'à ma petite personne (et Dieu sait qu'elle aime ça!). Après tapotage de doigts sur ma bouche je finis par me décider pour le squattage d'un salon de bien-être. La totale.

14h.
Je me présente donc dans l'antre du plaisir égoïste, petite bulle destinée à n'aimer que moi. Enfin, si je paie assez. Après une grasse mat' que je qualifierais de royale, me voilà prête à me faire chouchouter. Les propositions s'avèrent alléchantes : massage facial, séance UV, soin à la rose, embellissement à l'argile, massage intégral ou encore bain aux huiles essentielles. J'ai 8 ans et je suis devant le catalogue de Jouéclub.

14h30.
Après avoir papoté avec une esthéticienne toute pomponnée autour d'un thé au caramel, je finis par opter pour un massage intégral. Les narines pourléchées par l'odeur suave du thé, je me dirige vers la cabine à la lumière tamisée. Je me déshabille en vitesse derrière le paravent en bois et me couvre d'une longue serviette épaisse. Il fait déjà chaud et, baignée dans mon atmosphère amniotique, mon esprit se ramollit déjà. La porte s'ouvre, je sors de ma cachette et tombe nez à nez avec un masseur, ou plutôt ses coudes anguleux. Ses mains, étaux de la taille de ma tête, m'effraient déjà. Je tire sur ma serviette comme je peux, me rendant compte que finalement je ne fais que déplacer le peu de tissu qui me couvre et que le taux de viande à l'air reste de toute façon le même. Il m'invite à m'allonger et, toute rougissante, je m'étale sur le ventre et attends, beaucoup moins relaxée. Cela peut vous paraître étrange (et comme je vous comprends!) mais je n'ai pas vraiment pour habitude de me faire tripoter par un inconnu alors que je suis à moitié nue. Et oui, les boîtes c'est pas mon truc. Par contre lui semble totalement à l'aise alors qu'il engraisse ses étaux pour mieux travailler la pâte. D'un geste un peu trop habitué pour être plaisant, il descend la serviette sur mes hanches et, j'en avais déjà le doute, je deviens cramoisie. L'air de rien, je souris pâlement, après tout c'est le jour J, rien ne doit me dépiter. Et le voilà qui se met à me pétrir, me tordre et me malaxer. Dire que ce massage a été agréable serait.... hem... vous mentir. Je suis sortie de la pièce complétement meurtrie, la chair remuée criant sa souffrance à chacun de mes pas. Je traîne ce qui me sers de corps claudicant vers la salle atenante. Suite du programme.

15h.
Désirant me remettre de mon entrevue avec Mr Durden, je m'allonge avec délectation (ou plutôt avec hématomes) sur la table "d'embellissement à l'argile". Une jeune femme entre. Soulagement. Avec un pinceau elle se met à me tartiner le corps et le visage d'une pâte verte à l'odeur marécageuse et m'emballe dans une cellophane transparente. J'ai l'impression d'être un suchi incomestile dont les effluves feraient fuir tout gourmet. Me voilà saucissonnée, incapable de bouger. L'argile sèche et se durcit. Je ne peux ni parler, ni ouvrir les yeux. Mon cerveau s'émiette et les minutes tiraillent. Que c'est long. Après un an, peut-être deux, la jeune femme vient me rincer à l'aide d'un jet "tropical". Je me démomifie avec plaisir et grimace du mieux que je peux, heureuse de retrouver ma mobilité. Fini le locked-in-suchi syndrome. Ma peau fragile est rougeaude et chaude, mes grains de beauté me brûlent et mes pores craquellent. La viande se faisande. Dernière étape : la cuisson.

16h.
Arrivée dans la cabine à UV, je verrouille la porte à double tour. Plus personne pour me maltraiter. Je me traîne difficilement dans la rôtissoire dont la plaque encore froide tord mes chairs de douleur. La minuterie se met en marche, c'est parti pour quelques instants de relaxation. La chaleur me détend rapidement, l'air chaud du ventilateur me mistralise les souvenirs et je me sens baignée par l'iode et le sable. Je m'endors presque, bercée par les vagues chaudes qui s'écrasent sur ma peau. Ting! Le poster méditerranéen retombe lourdement sur le sol, la séance est terminée. Je me sens bien, détendue et lovée par ma peau réchauffée. Je souris toute seule. Mes yeux se réhabituent progressivement à la pénombre et un doute fronce mes sourcils. J'allume la lampe et constate froidement que le soleil et l'argile n'ont pas fait bon ménage. Ma peau agressée a réagi et, au lieu d'avoir une conversation tranquille et diplomate avec mon cerveau, elle s'est contentée de placarder mon corps de flaques colorées. Les tâches vertes jurent violemment avec mes hématomes naissants, on dirait que j'ai joué à la vache qui tache version LCD colorsmart. J'enfile rapidement mes vêtements soudainement trop peu couvrants à mes yeux et file chez moi en rasant les murs.

17h.
Affalée sur le canapé.
Un verre de coca light glacé à la main.
Je boude et renomme jour J : jour Je ne fais rien.
Et je ne m'occupe plus de moi. Il n'y a pas pire ingratitude que la sienne.

3 Comments:

Anonymous Le grand Schtroumph qui aime rien said...

J'avais envie de dire un truc du genre "Hou ! Koman ta tro pa de chance !"

Mais je vais plutôt être honnête...
Quand toi tu souffres, moi je ris.
Désolé hein ! T'as qu'à pas écrire comme ça.

07:15  
Blogger CarrieB said...

Ben alors, ça me rappelle aussi mes jours J, comme aujourd'hui pour faire les soldes où finalement c'est pas si bien que ça tout ce monde qui se bat pour des vêtements tous moches qui me vont pas.
Ou comme l'autre jour au hammam où je trouvais le temps long et me disais que j'aurais dû prendre mes mots fléchés avec moi, histoire de m'embêter moins.
Au secours, on ne sait plus prendre de plaisir ni se reposer!

21:58  
Anonymous zaza said...

Y a qu'à toi que ça arrive ce genre de truc, c'est pas permis de souffrir autant dis donc ! 1000 pensées pour ton petit corps meurtri ! la prochaine journée J sera pour ton canapé !

10:38  

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