Le monde de Juju

20 juin 2006

A ces âmes, ouvre-toi

Il y a des fois dans la vie où t'aimes pas ce qui se passe. Toi tu es jeune et tu penses que tu as le temps. Et puis un jour on te met une claque et ça te réveille. Et tu as mal.

On t'avait dit "les gens ne sont pas éternels". Et tu le savais. Mais pas assez. Y a des gens pour lesquels tu te dis que ça n'est pas possible, y a une dérogation. Parce que toi, sans eux, t'as l'impression de ne plus exister. Et pourtant ils partent. Et tu as si mal que tu en veux à tout le monde. Tu leur en veux aussi. Pourtant c'est pas leur faute et ça aussi tu le sais. Mais tu ne crois plus en tout ce que tu croyais savoir.

Alors tu te dis que peut-être ils ont rejoint le pays des arc-en-ciel, et que les bisounours les chériront autant que toi tu aurais voulu le faire. Mais tu avais le temps. Et quand tu vois Grosbisou recroquevillé, en boule dans un coin, les yeux qui pleurent en dedans, sans larmes, et le ventre qui ne ronronne plus, tu sais qu'il sait. Les bisounours ne les accueilleront pas.

Alors déjà tu te dis que c'est pas possible. C'est pas faisable. Y a une caméra quelque part et quand tu auras bien eu peur, tout le monde sortira de sa cachette et rira, applaudira et te chariera. Alors tu attends sur ton lit, en montrant bien sur ton visage que tu as peur. Mais personne ne sort des coins sombres. Et là tu as vraiment très peur. Tu es seul.

Tu repenses à leurs traits, à leur parfum et à leur voix. Y a des choses dont tu te souviens pas et tu trouves ça domamge. Tu écris sur un bout de papier tout ce que tu aurais aimé leur dire. Mais tu avais le temps. Et plus la liste s'allonge, plus tes yeux te brûlent. Alors tu déchires la liste et tu pleures en faisant du bruit. Tu veux qu'ils voient qu'ils te font mal. Et tu es fatigué, tu te sens vide et tu ne pleures plus. Tes yeux sont rouges, ton visage bouffi mais tu t'en fiches. Parce qu'ils ne sont pas là pour le voir.

Tu essaies d'imaginer la vie sans eux, tu as l'impression de grandir trop vite. Tu pensais avoir le temps. Tes épaules te font mal et ton coeur cogne fort. Ton corps veut te prouver que lui, il est vivant. Et ça te fait encore plus mal. Et même si tu as envie de tout foutre en l'air, tu sais au fond que tu peux pas. Y a des gens qui comptent sur toi. Et Grosbisou qui a besoin de tes bras.

Alors tu le ramasses et le poses contre ton ventre, là où avant c'était tout chaud. Et tu le berces. Et tu te berces. Tu lui dis que tout ira bien, qu'il y a encore beaucoup de personnes qui l'aiment et qu'il n'est pas seul. Et tu aimerais croire ce que tu dis. Parce que ta tête, elle ne l'entend pas.

Et tu sais que toi aussi un jour tu feras du mal à ceux qui t'aiment. Mais t'as pas le choix. Et ça aussi ça te fait mal. Et à un moment tu as tellement mal que tu ne pleures plus, que la boule dans ta poitrine diminue et tes mâchoires se desserrent. Ton corps est lourd et te fait mal. Mais tu vas te lever et recommencer ta vie. D'abord tout doucement, amèrement, en culpabilisant. Et les jours passent, ta douleur est sourde et latente, mais elle ne t'entrave plus autant. Ce n'est plus comme avant. Mais tu continues.

Et tu sais qu'un jour tu auras la force de penser à eux sans être triste. Tu auras sur le visage un sourire nostalgique, et tu raconteras à tes enfants leurs traits, leur parfum, leur voix. Et ton ventre sera chaud. Et tu auras toujours une pensée pour eux, pour les faire vivre encore un peu. Et tu aimeras ça.

6 Comments:

Blogger Romain said...

J'ai envie de saluer la justesse de tes propos, la douce clairvoyance de ton examen sans prétention. Note que j'suis pas tellement surpris.

Après que la violence de la tristesse ait accordé à tes poumons un peu de répit, tu as systématiquement l'impression de revivre en solo ce que tu pouvais partager, tu subis une frustration aiguë à chaque découverte.

Et puis, en gardant à distance d'une main la tristesse que tu penses finalement avoir vaincue, tu peux afficher ce sourire-nostalogique. Mais la conne t'a laissé gagner, elle sait qu'elle aura toujours une occasion de reprendre le dessus. D'ailleurs, c'est toi qui la soulèveras pour qu'elle puisse mieux te piétiner à nouveau.

Merci pour l'article Julie.

07:45  
Blogger Juju said...

A quand TON blog Romain ? Moi aussi je peux me montrer insistante :-D

Merci.

11:57  
Anonymous anouchka said...

c'est ca romain...
nous ne sommes pas dupes...

il y a des talents que l'on se doit d'exprimer...

Tout emotionnants vous etes tous les deux, je me délecte de ce blog émotionnant a chaque ligne, c'est un bonheur

13:30  
Anonymous Yojik said...

Je suis pas super doué dire des trucs intelligents.
Mais peut-être des bisous virtuels ça peut consoler.

Alors voilà des bisous.

15:15  
Blogger CarrieB said...

ton texte est magnifique et la justesse des sentiments désarmante.
je viendrai m'attarder ici moins endormie...

01:38  
Anonymous Nell said...

*calin*

15:34  

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