Le monde de Juju

02 juillet 2006

A la solde de l'adversaire


Ce n'est pas comme si c'était un grand plaisir pour moi, mais toute pseudo-modeuse se doit de s'intéresser un minimum aux soldes. Je me déteste. Me voilà donc partie pour un aprem' shopping, parée de mon plus beau cabas au bras : ma copine total fashion. Les filles doivent savoir de quoi je parle, cette fille qui connaît toutes les tendances, et même les futures tendances qu'elle est à seule à renifler, la truffe aux aguets, celle dont la bible est le supplément mode de Vogue usa et qui rêve de devenir un jour, si le Dieu des stilettos le veut bien, une vraie Alix Girod De l'Ain. Celle dont on déteste la futilité mais dont le charme, le sourire et la bonne humeur constante (se crisper ca file des rides chérie, fais gaffe) nous font succomber.

Me voilà doonc embarquée pour une tournée foule, fringues défraîchies et canicule mortelle, ou plutôt (traduit par Cop'mode) futurs mecs potentiels, fringues à tomber et bronzage assuré. Chouette... J'aurais dû me suicider au nutella périmé hier soir. Trop tard, je suis piégée par le sourire de Docteur Jupette / Miss Hype.

Les quartiers commerçants sont bondés. Et même, débordants. Vomissants de foule transpirante et moîte. Les oasis fluo placardés vulgairement abreuvent les bêtes assoiffées qui se damnent d'amour devant les ristournes promises, salissant les vitrines de baisers enjôleurs et caressant les étiquettes prometteuses. Linceul mouvant et puant, coeur envieux de la ville offerte. Je me faufile tant bien que mal dans les neurones vides de la masse, me servant de Copine comme bouclier, petit être ravi de frôler du mâle gominé.

Puis, dans un brusque changement de direction, nous franchissons le synapse climatisé et cerbérisé d'un magasin hypermodernisé. Les murs blancs et les néons criards me transpersent les pupilles, je sens la migraine pointer. Ou peut-être est-ce dû au mélange raffiné sueur-déo du poilu qui semblent attendre sa femme, appuyé contre un rayon, la mine dépitée. Nous voici dans l'aire de l'odorat. J'effleure les flacons alignés, parfume des tiges de papier que j'enfourne dans mon portefeuille et déambule bêtement sur la moquette beige pendant que Mademoiselle Mode fouine dans le rayon manucure. Une vendeuse m'accoste (m'agresse?) et me sort d'un sourire si fade qui'ilme semblait collé là, comme une mouche attirée par l'odeur du patient mari : "Je peux vous aider?". Ouhla, à la vue de son rouge à lèvre sanguin contournée d'un trait noir, je prends peur, fais un petit geste de la main et méloigne en trottinant. Ainsi ces choses ont remplacé les lèvres purpurines que chérissait Roméo... Décandence de laideur.

Perdue dans mes pensées, tripotant du doigt un fin ruban satiné ornant un coffret Chantal Thomass, je suis vite récupérée par Notre Amie qui m'explique d'un air indigné qu'ils vendent encore du vernis à paillettes, alors même que, et ca tout le monde le sait, c'est out depuis des luuuuuustres chérie. Je sais pas, moi mes ongles je les ronge t'façon.

Extirpée de la chose pour être à nouveau engouffrée dans un magasin de fringues tip-top tu vas voir, je reste passive et lassive, tirée par la main par mon Maître Marie-Clairien. Une fois de plus j'erre dans les rayons repus de tissu. Je parcours mollement du regard les offrandes vestimentaires proposées, mais la saveur ne m'atteint pas. Et puis je finis par tomber sur ce cache-coeur noir, lové dans un coin, seul et terriblement classique, me caressant d'effluves tentantes. Je le regarde, l'appréhende, le touche et l'aime déjà. Je le saisis vivement mais je sens une main empêcher mon aquisition. Une bimbotteuse haut-perché le tire à elle violemment, me jetant un regard noir. Et dans ma tentive de récupération de l'objet convoitisé, la couture se déchire, s'écarte, et cicatrise à jamais le trésor. Et zut. Je le lâche et le laisse à la concurrente qui elle semble ravie de son futur achat, même estropié. L'important semblait être de gagner le combat plutôt que d'en récolter un butin alléchant. Bwof.

Je pars rejoindre ma Camarade de chambrée à l'autre bout du magasin, pour m'apercevoir à la fin de mon périple qu'elle est en délicieuse compagnie. Elle est en train de conseiller un jeune homme sur ses achats (le pauvre il vient juste de casser tu comprends, c'est trop triste... faut en profiter!). Je lui fais comprendre d'un signe de la main que je m'éclipse, et après une moue boudeuse d'une demi-seconde, elle retrouve son sourire légendaire devant le bel esseulé.

Je rentre donc chez moi, gavé d'un bain de foule trop lourd pour mon estomac. Je passe à la pharmacie acheter un collier anti-puces pour mon sumo de chat et file d'un bon pas vers mon antre de tranquillité, loin des posters raccolleurs et autre soldes im-bat-ta-bles. En remontant 4 à 4 les escaliers vers mon chez-moi, je croise ma voisine du 2ème qui me regarde d'un air mutin : "Alors, on a fait de bonnes affaires ?! ". Je regarde mon petit sac de papier et le remue en l'air : "J'ai acheté un petit collier avec une clochette". Elle me regarde l'air dubitative, se ressaisit et feint d'un ton évident : "Oui oui bien sûr, c'est la dernière mode, on en voit partout!". Préférant la laisser dans l'ignorance, je me contente de sourire avant de continuer mon ascension. Et en insérant ma clé dans la serrure, je me dis qu'une fois encore j'ai su échapper aux sirènes de l'achat inutile. C'est ma banquière qui va être contente !!

11 Comments:

Anonymous anouchka said...

beaucoup de gens sont comme toi, je crois.
moi , suis une dépensière avertie, et j'avoue que j'aime les soldes, car j'ai le gout du réduit...
Mais, faire les soldes si mon humeur ne me suit pas relève du suicide mental...

des bisous ma tite juju

12:06  
Blogger CarrieB said...

Moi je n'ai pas encore eu l'occasion de faire le "raid soldes", ou plutôt j'attends ce petit moment de flottement entre le début et la 2ème démarque.
Par contre, chaque saison c'est le même topo : je ne reviens qu'avec des fringues pas soldées!

22:36  
Anonymous romain said...

Héhé, toujours un plaisir de te lire. J'ai compris ce que pouvait être la folie des soldes après avoir vécu le boxing day à Londres...

Merci Julie.

12:50  
Anonymous Marieseraphine said...

Moi, j' ai juste trouvé une ravissante petite robe....

( Ouais, j' ai que ça à dire....)

13:10  
Blogger Juju said...

Bon Anouchka la prochaine fois je t'inviterai pour faire du repérage : tu vas dépenser mon budget dans des magasins pendant que je t'attends tranquillement en buvant un verre en terrasse... Koule! Bisous Anouchka et merci encore ;-)

Aaah Carrieb (dont je chérie le pseudo) je connais bien ca ... et le pire c'est que j'achète toujours les mêmes trucs en fait, des classiques que je garde des années... Prince n'aura même pas à être riche. Oh joie!

Merci Romain, même si tu aurais dû m'avoir emmenée à Londres dans tes bagages, va je ne te hais point. Ca m'fait marrer de t'imaginer faire les magasins, va savoir pourquoi ...

Marieseraphine!! J'en connais une qui va être ravie de cet achat :-D Bisous ptite miss à bientôt !

15:37  
Blogger CarrieB said...

Bon, alors tant qu'on y est je peux l'avoir l'explication du pourquoi du comment t'aimes tant mon pseudo?

22:41  
Blogger Juju said...

Je suis une grande fan de SJP j'avoue !

00:50  
Anonymous Le grognon said...

Moi je chérie rien du tout.

20:43  
Blogger Juju said...

Tes grognonneries me manquaient !!!

Tu devrais chérir Del Prado, tu devrais pas tarder à toucher tes droits à l'image non ?

03:38  
Blogger CarrieB said...

OK moi aussi j'aime beaucoup SJP et c'est un clin d'oeil que ce pseudo parce que c'est un soir, après avoir regardé un épisode de SITC que j'ai créé mon blog, comme ça sur un coup de tête.
Monsieur grognon n'aime pas tout ce qui se rapporte à CarrieB, c'est bien connu : nous sommes en guéguerre tous les 2 en ce moment, vois tu ;-)

13:37  
Blogger Juju said...

Ah les querelles amoureuses...

00:50  

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