Le monde de Juju

19 juin 2006

La chair de pool

Depuis quelques jours, mon appartement est devenu un vrai sauna. Au départ je n'y voyais pas vraiment d'inconvénients, c'est bon pour la peau, les formes et le moral. Mais lorsque Grosbisou a commencé à sentir le corned beef, je me suis inquiétée. Direction : la piscine.


Après tout, se balader à moitié nue devant des inconnus, boire de l'eau chlorée et chopper des verrues, c'est pas si grave que ça... arf. Vivement que je trouve un Prince riche pour en avoir une à moi (et éventuellement à Prince s'il est sympa). J'embarque mon maillot, ma trousse de toilette, ma serviette Bart Simpson et un caleçon pour Grosbisou. C'est parti.

En arrivant dans les vestiaires, je suis déjà bien dégoûtée par les flop flop de mes converses sur le sol mouillé. De vieux souvenirs se rappellent à ma mémoire : la corvée piscine du vendredi matin lorsque j'étais en primaire. Je me déshabille rapidement, enfile mon maillot rouge façon Pamela, prends Grosbisou dans mes bras et file sous la douche. Grosbisou couvre ses yeux de ses pattes dodues et frissonne sous l'eau. Je le sers plus fort contre moi, le secouant un peu, et me dirige vers la piscine. Premier obstacle : le bassin de trempage de pieds (ambiance Les dents de la mer).

J'enjambe tant bien que mal la pataugeoire bactérisée et longe le grand bassin, l'ours calé contre l'épaule. Le carrelage granulé (supposé nous empêcher de tomber et je le confirme : cela ne fonctionne pas du tout) me fait longer la piscine et me conduit dans le coin des transats, pour les greluches comme moi ne raffolant pas de la stagnation de l'eau chlorée sur le sol. J'installe Grosbisou à mes côtés, étends ma serviette sur mon siège et m'installe. Ca, c'est fait.

Partout autour des gamins crient, chahutent, s'éclaboussent, se coulent. Des bandes d'ados sont flanquées dans les tribunes, regardant ci et là les nanas qui passent, ponctuant les allées et venues de moues boudeuse, enjouées, voire excitées. Plus loin, une mamie avec un bonnet à fleurs en relief est allongée sur un banc, le ventre collé à la paroi de plastique, et s'entraîne au crawl. C'est particulièrement flatteur.

Grosbisou me tapote sur le bras, et désigne la paroi vitrée au-dessus de nous. Il doit craindre pour ma peau. Ai-je vraiment l'air de celles qui prennent des coups de soleil?... Bon je vous l'accorde, ma peau d'aspirine ponctuée de grains de beauté et de tâches de rousseur semble faire croire que je suis incapable de bronzer... Pourtant après 3 semaines à la plage, à raison d'une exposition d'environ 12 heures par jour, je finis par avoir un léger hâle tout à fait seyant. Si si, j'vous l'dis.

L'air inquiet de Grosbisou me culpabilise quand même, et je sors mon arme fatale : l'écran total. Seule crème me permettant de paraître encore plus blanche. Oh joie! Je m'en tartine allégrement, ferme les yeux, et affiche mon statut "occupé(e)" quelques minutes. Plénitude.

Mais je sens bien vite les coussinets de Grosbisou gratouiller mon avant bras. Il regarde d'un air miséreux le toboggan, ses grands yeux tendres faisant fondre mes réticences. Je le prends par les aisselles, le cale contre moi et me dirige vers la file d'attente. Vingt minutes passées le nez dans les fesses de la personnes précédente, respirant l'air vicié des foules humides, n'osant me tenir à la rampe engluée.

Après avoir énuméré 15 fois les puissances de 7 jusqu'à 823543, j'aperçois enfin la fin du tunnel : la stalle d'assise qui me permet d'espérer la naissance du toboggan. Je m'assois, allonge bien mes jambes, pose Grosbisou contre mon ventre et me laisse glisser dans le tube transparent. L'écran total aidant, je me sens comme une anguille dans les mains de Maïté : je fuis la gravité. Le corps huilé, je pars dans tous les sens, me voilà sur le ventre, puis tête en avant, les pieds au niveau du cou ou en position du lotus. C'est un joli n'importe quoi dont tous les pataugeurs se délectent. J'entends Grosbisou ronronner, il a l'air de s'amuser comme un fou. Après de nombreux virages (au moins 7 puissance 4) j'atterris lourdement dans l'eau, d'un plat du ventre absolument magistral. Je reprends rapidement mes esprits, m'empresse de remonter à la surface et me dirige d'une nage de bébé chien vers le bord ondulant de la piscine.

Je vois à quelques mètres de là Grosbisou faisant la planche, un sourire aux lèvres. Je l'attrape par la patte, le dépose sur le carrelage, cale mon genou dans la rigole ajournée et grimpe sur le sol d'une façon tellement moi, tellement... disgracieuse. Tout autour les gens me regardent, les enfants ne jouent plus et me dévisagent, comblés de drôlerie. Je récupère l'ourson et regagne d'un pas pressé mon transat. Un conseil : ne soyez jamais pressés au bord d'une piscine. Après un élégant vol plané qui m'a semblé se dérouler au ralenti, je me suis étalée comme une grosse pieuvre sur le sol. Bruit sourd. La fesse droite totalement anesthésiée, je rejoins à quatre pattes mon siège, traînant Grosbisou comme une serpillière molle.

Je récupère rapidement mes affaires, regagne mes pénates, dépose Grosbisou sur le banc du vestiaire. Il me regarde d'un air triste et pointe ma fesse. Elle est violette-noire-jaune-verte-rouge. Quel talent artistique! Je lui fais un sourire rassurant, me rhabille prestement, range mes affaires et me dirige vers les miroirs afin de me remaquiller un peu. Assis à côté du robinet, Grosbisou me fixe d'un air étrange. Un coup d'oeil dans le miroir m'aura suffit à comprendre : le chlore a rendu mes mèches blondes vertes. Mais carrément vert fluo. Ouhlaaaa. Découragée par cette vision, je ne tente même pas de me repeindre le visage. "T'inquiète Grosbisou, comme ça c'est assorti à ma fesse". Il sourit. Et tout ça semble moins important.

Cette nuit là j'ai vraiment bien dormi, shootée par le chlore et fatiguée par mes démonstrations catastrophiques (et hélas habituelles). Grosbisou ronfle à mes côtés, apaisé et serein. J'en oublierais presque mes péripéties de l'après-midi. Aïe! Sauf quand je me retourne dans mon lit évidemment...

3 Comments:

Blogger Romain said...

Héhé. Des fois, on aimerait être Grobisou. Enfin, je crois.

Super histoire julie... Merci.

07:23  
Anonymous anouchka said...

delectation a te lire, comme toujours...

13:26  
Anonymous Nell said...

Prochaine etape: m'apprendre a nager un peu! En contre partie...Je t'apprendrai a bronzé!
*byoux*

15:29  

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