Le monde de Juju

10 juillet 2006

Diabolo fraise

Dimanche matin.
Réveillée par un couple d'oiseaux batifolant sur le rebord de MA fenêtre (évidemment, chez le voisin ça aurait été moins drôle puisque lui était déjà évéillé depuis longtemps), je décide d'optimiser ce dimanche ensoleillé de juillet. Après avoir fait dégager les amoureux à l'aide de mon brumisateur Evian, j'attrape mon portable et appelle La Goutte, ma copine poivrotte. Et une heure plus tard, nous voilà parties dans la Mini décapotable de Ma Cruche Préférée sur la route des vins alsacienne.

Loin du foulard a peine noué de Grace, j'enfourne une casquette Von Dutch sur ma tête, me cale contre le moelleux du siège et me laisse bercer par la route que nous dévorons goulûment. Le paysage se fait roux et les champs dorés, l'air exhale ses essences de caoutchouc tiède et de noisette grillée, toute la nature offre au soleil ses senteurs les plus gourmandes. Je me sens Thelma, je me sens libre, fugitive épicurienne de L'échappée Belle d'Anna.

Et nous voletons de Cave en Cave, nous baignant de l'odeur champignonnée de la fermentation, nous laissant cajoler et imprégner par l'humidité intimidante des tombeaux vinaires endormis. Et nous trempons nos lèvres dans des alcools aux couleurs de pomme et de groseille, parfois âcres et sucrés, toujours vêtus d'une robe tourbillonnante. Mais nous décidons de stopper le manège lorsque, en remontant d'une Cave, mon pied droit a refusé de suivre les instructions émises et que je me suis lamentablement étalée, le visage marqué par la pierre.

Nous sommes alors passées acheter quelques Bretzels et nous sommes reposées une petite heure dans un champ sauvage. Après avoir déplié la couverture épaisse datant du service militaire de mon père, je me suis allongée à côté des initiales flanquées à un coin et me suis mise consciencieusement à manger les grains de gros sel parsemant les viennoiseries, m'écorchant la langue de plaisir.

Après avoir somnolé (cuvé?), nous sommes reparties d'un bon pied, le sourire aux lèvres et la bouche encore parfumée de raisin. Et c'est après quelques kilomètres seulement que, au milieu de nulle part, la voiture nous a obligées, d'un pas chassé on ne peut plus disgracieux, à nous ranger sur le bas-côté. Verdict de Docteur Lie : un pneu crevé. Coup d'oeil à gauche. Coup d'oeil à droite. Personne. Et nous voilà, accroupies contre le sol, l'oreille collé au bitume, prises d'un fou rire rosé, à surprendre l'arrivé du chaland motorisé. En vain. Il va donc falloir se débrouiller. Assaut des portables... Pas de réception. Thelma est devenue Robinson. Et Vendredi est en train de faire pipi derrière un bosquet, toujours hilare.

Pas le choix : sortir les armes. J'ouvre le coffre, prends le truc à déboulonner et le machin à soulever, et me dirige d'un air sceptique vers la flasquerie pneumatisée. Je place le cric sous la carcasse agonisante et soulève, après bien des efforts, la voiture d'une dizaine de centimètres. Maintenant : déboulonner. Mais j'ai bien dû mettre 5 minutes à m'apercevoir que, ayant soulevé la voiture en premier, le roue tournait bêtement dans le vide, comme amusée de ma bétise. Baissage de cric. Déboulonnage, tome 2. Je tente de toute mes forces de faire tourner ce fichu **** de ******* de truc de *********, mais sans succès. Je me mets littéralement à sauter sur l'engin de métal, rebondissant de tout mon coeur (qui à ce moment est surtout au bord de mes lèvres) sur la branche de la manivelle. Ca ne marche pas.

" - Vous devriez essayer dans l'autre sens !
- Pardon ?
- Le truc ... Dans l'autre sens. "

Il est là, appuyé contre sa voiture, le sourire narquois et les lunettes fumées. Mon Pichet jette un oeil sur l'arrivant et lui demande d'un ton mal assuré s'il peut nous aider. Rire moqueur.

" - Non, c'est beaucoup plus drôle de vous regarder.
- ...
- Désolé! "

Et il s'asseoit sur son capot aveuglant, accoudé sur ses genoux, contemplant la scène.

" - Vous voulez aller boire un verre ?
- Vous voulez m'aider ?
- Non .
- Alors continuez votre chemin .
- Vous boudez ?
- Non, je change une roue.
- Enfin, vous essayez . "

Et voilà La Bouteille repartie dans un fou rire. Solitude. Je finis par réussir à enlever la maudite loque, la remplace par la roue de secours, range le matériel. Je fusille du regard notre spectateur inconvenant. Miss Pichet se réinstalle derrière le volant, je rejoins la place du mort et nous repartons en soupirant.

La chute de cette histoire s'est écrasée mollement cet après-midi, lorsqu'une amie m'a invitée à boire un verre avec un garçon que je vais adoreeeeeeer chérie. J'ai retrouvé autour de la table mon hôte, affublée de notre conducteur acide. Oh joie. Et ce qui m'énerve le plus dans l'histoire, c'est qu'on a fini par le boire ce fichu verre. Y a pas de justice.

8 Comments:

Anonymous Yojik said...

J'ai qu'un truc à dire et tu vas voir, c'est simple. T'es prête ?
Bon OK...

:-)

07:50  
Anonymous za said...

J'ai pas tout compris ce que ce mec faisait là à rien glander quand tu changeais la roue!!! Pffff la galanterie se perd!!!!

10:20  
Blogger CarrieB said...

Moi je l'aurais menacé de lui mettre un coup de cric sur le capot s'il ne m'aidait pas, ou j'aurais demandé à ma copine qu'elle fasse diversion pendant que je prenais en douce les clés de sa voiture, mais bon.
Au moins t'as commis aucun délit ;-)

11:55  
Anonymous Yojik said...

Roh l'otr' !
Touçuite la violence !

19:31  
Blogger CarrieB said...

@yojik (désolée Juju je règle mes petites affaires): Je ne peux pas être parfaite, moi aussi j'ai mes limites, surtout lorsqu'il s'agit de voiture ;-)

00:50  
Anonymous Yojik said...

Pas grave.
Moi aussi j'ai mes limites en voiture.
50 en ville, 90 sur route, 130 sur autoroute.
(Je suis vraiment trop drôle aujourd'hui)

12:55  
Anonymous Yojik said...

Bon Juju, tu boudes ou bien ...

08:15  
Anonymous glaceofraise said...

Ton titre est un peu mon parfum ...

Et d'ailleurs est ce que je sais comment changer une roue ? En théorie peut etre ...

11:57  

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